Perturbateurs endocriniens : tollé contre Bruxelles

« La Commission européenne a placé la barre si haut qu’il sera ardu de l’atteindre, quand bien même il existe les preuves scientifiques de dommages », a estimé dans un communiqué l’Endocrine Society. Très active sur le dossier, la société savante des endocrinologues, qui compte 18 000 membres dans 120 pays, parle d’un « échec pour la santé publique ». Suivant le raisonnement de la Commission, il faudrait en fait attendre la certitude et observer les preuves des effets sur l’homme ou l’environnement. A titre de comparaison, à peine plus d’une centaine de substances atteignent le « statut » de cancérogène certain pour l’homme selon la classification de l’OMS, parmi lesquelles l’amiante, le tabac ou l’arsenic.

 

Ces données n’ont, semble-t-il, pas pesé assez lourd dans l’étude d’impact « socio-économique » que la Commission a menée pendant plus d’un an pour appuyer sa décision. Pour que les perturbateurs endocriniens soient réglementés, elle propose en effet de leur appliquer une sorte d’adaptation de la définition énoncée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2002. Ce choix implique non seulement que les effets nocifs d’une substance soient démontrés et qu’ils soient causés par une action à travers le système hormonal, mais aussi qu’ils soient « pertinents » en termes de santé humaine. Or certains signaux d’alerte proviennent du monde animal, et tous ne sont pas forcément « pertinents » dans le sens où l’entend la Commission. L’imposex, par exemple, est un trouble qui procure des pénis aux femelles bulots. Et si aucune affection équivalente n’a, à ce jour, été constatée chez les humaines, l’alerte n’en a pas moins été lancée sur les perturbateurs endocriniens de la branche des organoétains qui se sont ensuite avérés en être la cause.

 

Depuis plus de vingt-cinq ans, les éléments s’accumulent sur ces produits chimiques capables d’interférer avec le système hormonal (endocrinien) des êtres vivants, suscitant une sourde inquiétude dans la communauté scientifique. Constituants d’une multitude d’objets de consommation – plastiques, cosmétiques, peintures, etc. – et contaminant l’environnement, ils sont soupçonnés de contribuer à l’augmentation de nombreuses maladies : infertilité, certains cancers, développement du cerveau, etc. Tandis que l’on détecte 43 produits chimiques en moyenne dans le corps d’une femme enceinte, plusieurs études ont tenté de chiffrer le coût, pour la société, des maladies liées à une exposition aux perturbateurs endocriniens. Les estimations oscillent entre 157 et 288 milliards d’euros par an en Europe.

 

 

Pour arrêter ça il faut partager !